
Eugenio
Voltati Eugenio
Film de Luigi Comencini (1980, 1h49).
Avec Saverio Marconi, Bernard Blier, Dalila Di Lazzaro, Carole André, Francesco Bonelli,...
À l'occasion de la fugue de leur fils de dix ans, un couple séparé revit son passé et ses échecs. Un retour en arrière sur la vie de l'enfant depuis 1968 car Eugénio était le fruit de l'amour des barricades. Mais l'entente dans le couple s'est vite détériorée et l'enfant est devenu encombrant.

Luigi Comencini est né le 8 juin 1916 en Lombardie. Le grand réalisateur italien s'est éteint le 6 avril 2007 à l'âge de 90 ans à Rome. Sa carrière riche d'une quarantaine de films a dressé une cartographie de l'Italie populaire pendant près d'un demi-siècle. Scénariste, critique cinématographique et réalisateur, Luigi Comencini a fait du prolétariat et de l'enfance les thèmes centraux de son œuvre, bien qu'il ait toujours réfuté d'être mis dans une case. Photographe de l’Italie populaire et des quartiers de misère, sa caméra restera toute sa vie braquée sur les problèmes sociaux qui sévissent dans la botte. Mais la comédie n’est jamais très loin, Comencini excelle autant dans la farce que dans la tragédie. C'est d'ailleurs la comédie Pain, amour et fantaisie en 1954 avec Vittorio De Sica et Gina Lollobrigida qui l’a révélé au grand public. Très apprécié en France, le public l'a célébré pour des films aux genres sensiblement différents les uns des autres. Il demeure à ce jour l’un des grands maîtres de la comédie à l'italienne.
Quelques (bonnes) critiques
(Les liens entre parenthèses permettent de lire les critiques complètes)
"Ce sera l'enfant de la révolution ", dit Giancarlo à Fernanda quand celle-ci lui annonce, un soir de 1968, qu'elle est enceinte Quelques mois plus tard, la révolution et l'amour de Giancarlo et de Fernanda se son" évanouis. Mais Eugenio est là, né, pourrait-on dire, d'un double feu de paille.
Luigi Comencini sait parler des enfants (qu'on se souvienne de l'incompris ou des Aventures de Pinocchio). Il en parle sans dogmatisme ni sentimentalisme, en homme de cœur lucide et en observateur vigilant.[...] Sous forme de comédie - l'amertume, chez Comencini, se teinte toujours d'humour, - Eugenio illustre ce constat.
Eugenio est encore dans les langes quand lui arrive sa première aventure. Au cours d'une de leurs chamailleries quotidiennes, ses parents l'oublient dans un train. [...]
Eugenio est-il malheureux ? Entendons-nous ce n'est pas un enfant martyr. Chez ses grands-parents, il vit entouré d'animaux dont les mœurs le passionnent avec son père, il a de bons moments de rigolade, et, lorsque sa mère l’appelle en Espagne, il est ravi à l'idée d'assister à une corrida. C'est en profondeur que les dégâts ont lieu, dans cette frange de la conscience où la lucidité naissante de l'adolescent est encore obscurcie par les ténèbres de l'enfance. Eugenio sait que ses parents ne s’aiment plus. Il admet que son père ait une petite amie que de beaux messieurs rôdent autour de sa maman. Mais, comme tous les gosses, il a besoin de s'accrocher à des certitudes, à des schémas de vie simples et clairs. Et ce qu'il ne comprend pas, c'est pourquoi on lui ment, pourquoi, tour à tour on l'embrasse et on le rejette, pourquoi on lui joue - et lui fait jouer - une comédie absurde. En somme plus que de la séparation de ses parents, c'est de l'hypocrisie des conventions sociales qu'il souffre. Jean de Baroncelli (Le Monde).
" Eugenio constitue pour Luigi Comencini une nouvelle variation plus méconnue de son thème fétiche de l’enfance. [...] Eugenio, par son cadre plus contemporain et réaliste, fait un constat bien plus cruel avec l’enfant comme véritable fardeau pour l’épanouissement des adultes. La scène d’ouverture donne le ton [...] Tout le film est là : plutôt que de raisonner, éduquer l'enfant, on s'en débarrasse. [...] C’est sans doute le film le plus amer de Luigi Comencini sur le sujet car pas baigné de l’exaltation de ton des oeuvres précédentes (dans le mélodrame, la comédie caustique et historique ou le récit d’initiation) et offrant la simple chronique ordinaire d’un abandon, d’une solitude. Le leitmotiv musical de Romano Checcacci, aux paroles légères et désabusées, souligne bien la conscience qu'a Eugenio de l'indifférence qu'il suscite dans le final poignant de simplicité." Justin Kwedi (DVD Classik)
" Luigi Comencini sait comprendre et faire jouer les enfants. [...] Il constate que l’enfant n’a plus sa place dans la société qui advient après mai 68. Bâton de vieillesse, héritier, progéniture, aucun de ces termes ne correspond plus à la réalité du temps. L’enfant est devenu une charge, une gêne, un handicap : il faut lui trouver une place [...]Les idées de l’époque passent en filigrane. Le féminisme contre la maternité, les conquêtes contre la paternité, sont pour ces adolescents prolongés que sont les « nouveaux parents » les seules alternatives proposées par l’époque « engagée » aux rôles traditionnels de la femme à la cuisine et de l’homme qui se fait servir.[...] Comencini a été de suite à l’extrême, peut-être pour mieux dénoncer. S’il touche souvent juste en ce film, c’est qu’il n’a pas entièrement tort. Ce qu’il fustige n’apparaît cependant que comme une tendance – et c’est heureux ! – pas comme une généralité. Pour moi, qui suis devenu adulte après 68, ce « possible » égoïste irresponsable n’a pas été ma voie, ni celle de mes amis (mais qui se ressemble s’assemble). Reste un beau film émouvant où l’enfance nue fait pitié." Lisez l'article complet du très riche blog d'argoul
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La bande annonce du film.
Une interview de Luigi Comencini par Henri Chapier
Ciné-club
Le film est en version originale sous-titrée. Il est présenté dans le cadre de Primissimo Piano, l'activité ciné-club de la Dante Alighieri.
Adhésion ciné-club INTER FILM valable pour la saison 2025-2026 : 1 € . Adhésion offerte aux membres de la Dante Alighieri.
Participation aux frais : 5 €, réduit 2€ (Étudiants, DE, <18 ans).
Merci de participer et à bientôt au cinéma !
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Manifestation organisée grâce au soutien
du Conseil Départemental
de la Haute-Vienne
en partenariat avec l'Espace Noriac
(10, rue Jules Noriac)
